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Une semaine intrépide

Oct/Nov/Déc 2019

Gaëlle Coppée (Compagnie Scratch) écrit tout, en pattes de mouches, sur un calendrier fait main. Gaspard Herblot (Compagnie Airblow) s’organise sur son smartphone. Et Isabelle Dubois (Compagnie La Bête à Plumes) ne jure que par son ordinateur portable. Mais tous, quel que soit le support, ont des agendas plus gros que des dictionnaires. Les voici, synthétisés en une semaine imaginaire… où tout est vrai !

Lundi

  • Réserver une salle pour la prochaine résidence.
  • Discuter de la feuille de route avec la chargée de diffusion.
  • Rameuter les réseaux sociaux pour trouver un professionnel qui réalisera le teaser du spectacle.
  • Envoyer un email au Centre culturel d’Alost pour les convaincre de coproduire le spectacle.
  • Appeler l’organisateur de Chassepierre pour leur préciser que le technicien est végétarien.

« Notre agenda est très décousu », annonce Gaspard. Même réaction chez Isabelle : « Parfois, je ne travaille que sur la production pendant une semaine et je ferai tout autre chose la semaine suivante. »

  • Se réserver une période d’entraînement technique.

« Ça peut être le matin, à 8h, quand je roule en voiture, ou le soir, quand je regarde une vidéo de beatboxing mais j’essaye de faire tous les jours de la gymnastique vocale ou des percussions corporelles », explique Gaspard. « Hors période de création, c’est plus facile, mais quand on joue, on n’a pas toujours la motivation », confie Gaëlle. « Dans l’idéal, j’essaie de faire deux heures de jonglage par jour. »

  • Remplir un dossier de demande d’aide à la réalisation d’outils promotionnels.

Mardi

  • Réunion d’équipe : brainstormer, peaufiner la dramaturgie, trouver un titre, discuter d’un éventuel regard-clown, détailler la création lumières, se mettre d’accord sur l’identité graphique.
  • Travail sur le plateau.
  • Organiser une présentation publique à la fin de la résidence artistique.

« C’est important de garder au moins la moitié de la journée pour l’aspect créatif », affirme Gaëlle. « Sinon on se laisse facilement enfermer dans l’administratif. » Un sentiment que partage Gaspard : « Tu peux toujours passer du temps à faire plus de diffusion, chercher toujours plus d’argent mais il faut préserver la création. C’est compliqué parce que, d’un côté, travailler au développement de la compagnie se fait au détriment de la création, mais c’est aussi cela qui ouvre les opportunités et donc notre pratique. Pour se motiver à faire un spectacle, il faut avoir des perspectives de diffusion. »

  • Rencontrer la journaliste de « C!RQ en Capitale » pour raconter la semaine d’une compagnie de cirque.

Mercredi

  • Rédiger le dossier de demande d’aide à la création : combien d’interprètes sur le plateau, quel budget, quels préachats déjà engrangés, quel calendrier de résidences, quelle date de première ? Résumer le travail de laboratoire déjà réalisé.
  • Se rappeler au bon souvenir des Unes Fois d’un Soir qui avaient aimé le dernier spectacle pour leur demander de rédiger une lettre de soutien à glisser dans le dossier d’aide à la création.
  • Rappeler tous les interprètes du projet pour être sûr que leur calendrier n’a pas bougé et qu’ils sont toujours disponibles pour la prochaine semaine de résidence.
  • Aller à son atelier de jeu de clown du mercredi après-midi ou son cours de danse du soir.
  • Régler les factures.
  • Envoyer un devis au festival Sortilèges, Rue & Vous.

Jeudi

  • Organiser une récolte de fonds sur KissKissBankBank.
  • Trouver plus de dates à mettre dans le calendrier de tournée.

« Quand tu as déjà joué et que les gens, les lieux, les festivals te connaissent, c’est plus facile », résume Isabelle. « Les gens te font confiance et les coproductions vont plus vite. Mais quand c’est ton premier projet, tu dois souvent le faire sans aide à la création. Alors tu joues, tu mets de l’argent de côté, tu trouves des dates gratuites. Et puis surtout, tu ne lâches pas, tu y crois ! » Une expérience par laquelle est passée la compagnie Scratch également : « Quand on a commencé, on ne s’est pas payé pendant deux ans. Et on avait tous d’autres boulots à côté. » Quant à Gaspard, il pointe un timing complètement « casse-gueule » dans le système des subventions : « Tu déposes un dossier en octobre et tu n’obtiens une réponse qu’en mai ou juin ! Forcément, tu continues le processus sans savoir si tu obtiendras l’aide à la création. Et puis, comme tu as dû obtenir des préachats pour remplir ton dossier, tu dois de toute façon honorer ces engagements, sans attendre la réponse à ton dossier, ce qui implique des risques financiers. Le montage du projet est donc très périlleux. »

  • Rendez-vous chez l’acupuncteur pour dénouer les tensions accumulées pendant la journée.

« Je fais aussi du yoga et du renforcement musculaire, ce qui m’évite d’avoir mal au dos dans les portés », raconte Gaspard.

Vendredi

  • Inviter les pros pour la première du spectacle.
  • Remplir les appels à projet pour être sélectionné à Chalon ou Aurillac.
  • Faire la comptabilité.
  • Mettre à jour le site internet.
  • Aller chercher la camionnette pour charger le décor.
  • Trouver toujours plus de dates. Surtout là où la visibilité est la plus forte : le Festival UP!, Propulse, Sortilèges, Rue & Vous !, De Gevleugelde Stad à Ypres ou Vivacité à Rouen. Ou encore les Rencontres de Huy pour le réseau jeune public.
  • Aller au salon professionnel Bons Baisers de Cirque pour présenter le projet et susciter l’intérêt des programmateurs et des coproducteurs.
  • Contacter la province pour les alerter sur un paiement Art et Vie qui n’a pas encore été effectué.

Samedi

  • Gestion du planning.

« On est toujours sur nos téléphones », observe Gaëlle. « Comme on est 11 dans la compagnie, avec trois spectacles qui tournent et des gens qui habitent en France, on s’appelle pour voir qui va chercher la camionnette, qui va chercher untel au train, qui ne peut pas rester pour le démontage parce qu’il doit garder son gosse. »

  • Réparer la table de mixage qui déconne.
  • Dessiner les flyers.
  • Envoyer les photos et le texte de présentation pour la brochure du Visueel Festival Visuel.
  • Aller en repérage sur la prairie où on va jouer pour voir si le terrain est assez plat.

« Dans un projet, il faut que les tâches soient clairement réparties, pour éviter les tensions et les reproches », remarque Isabelle. « Il ne faut pas qu’il y ait de sentiment d’injustice parce que tout le monde fait déjà tellement de sacrifices. »

Dimanche

  • S’autoriser une pause.
  • Faire un brunch avec son amoureux.

« Avoir une vie amoureuse, c’est parfois difficile », regrette Gaspard. « Tu dois tout anticiper, tout planifier, alors le romantisme en prend un coup ! »

  • Jouer le soir dans un festival des Ardennes.

« C’est difficile de refuser des dates parce qu’on s’est tellement acharné à se créer des opportunités ! », poursuit Gaspard. « Du coup, le planning professionnel détermine le planning personnel. »

  • Réserver un temps de création pour le prochain projet.

« Tu es toujours en train de prévoir pour la suite parce que tu as peur d’avoir des trous dans l’agenda », confie Isabelle. Même impatience chez Gaëlle : « Quand tu joues et que tu as plein de dates, tu essaies d’en profiter mais, chez moi, c’est très bref. Je me dis vite : bon, et après ? »

  • Y croire. Continuer d’y croire. Quoi qu’il arrive.
  • Dormir un peu.

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L'auteur.e de l'article

Catherine Makereel

Catherine Makereel

Journaliste indépendante (Le Soir).
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