Aller jamais retour

Jan/Fév/Mars 2019

Par La Bastarda Company

Du haut de ses souliers rouges à haut talon, des lunettes de soleil sur le nez, la performeuse Jenny Rombai (qu’on a pu également voir chez les Six Faux Nez) nous accueille sous le petit chapiteau et commence la visite. Première étape : une corbeille à papier. Maladroite mais agitée, la conférencière nous explique : « Ceci est une poubelle, quelque chose qui a été inventé pour cacher ce que nous ne voulons plus voir ». Le ton, caustique, est donné ! La suite n’en sera que plus forte, alors que le bruit des vagues se confond doucement à la rumeur sourde d’un conflit, tirs de mortiers et cris. De l’autre côté de la mer, point de touristes mais des victimes en fuite. Notre guide grimpe dans un grand hamac bleu, qu’on appelle yucatec (Mexique), accroché de part et d’autre du plateau. Y embarquer est une affaire d’effort. Commence alors la traversée. S’emballant complètement dans le filet suspendu, l’acrobate se balance et tournoie, emportée par le remous. On imagine une Méditerranée démontée. Elle tourbillonne encore et encore, la tête à l’envers, souffre du déséquilibre, le souffle haletant. Un seul objectif : atteindre l’autre rive mais cela passera par la force des bras et du corps tout entier. Comment échapper à la noyade ? Le mouvement est chaotique, l’évocation est directe.

Courte de 25 minutes, cette performance évoque sans ambages les fragiles embarcations de ceux qui, s’ils sont chanceux, débarqueront sur les côtes européennes. Le ton aux limites du bet la géopolitique des flux. Ce matériel dramaturgique ouvre la voie à des réponses, quand celles données par les politiques semblent inadaptées. Plutôt que de passer par le témoignage, Aller jamais retour de La Bastarda Company choisit la métaphore percutante. La sensation plus que l’information. Si l’on attend le cirque quelque part, c’est bien par son langage (limpide ici) du corps. Bluffant !

> Vu le 11/11/2018 au Festival En l’air, à Court-Saint-Étienne.

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L'auteur.e de l'article

Nicolas Naizy

Nicolas Naizy

Journaliste, Nicolas Naizy suit avec curiosité et attention l'effervescence de l'actualité culturelle à Bruxelles et en Belgique. Ses sujets de prédilection: les arts de la scène bien évidemment qu'il suit et critique pour Radio Campus et C!RQ en CAPITALE, mais aussi la littérature et la bande dessinée pour diverses publications.