Jan/Fév/Mars 2019

Une grande boîte de métal est posée sur la scène. Elle brille doucement. Depuis que les deux musiciens ont commencé à chanter et à jouer leur musique fragile et un peu bancale, on croirait même voir cette boîte avancer. Et c’est vrai qu’il y aura du mouvement : cette boîte formera le cœur du spectacle où elle sera tour à tour rampe de lancement, tour de garde, refuge ou prison.

Des petites balles blanches en émergent comme les bulles d’une bouteille de champagne. Elles sont suivies par le jongleur et acrobate Loïc Faure qui surgit pour récupérer ses biens précieux et aussitôt retourner d’où il vient. Mais la tour a bien d’autres ressources, car elle abrite deux autres interprètes, beaucoup de petites balles et aussi des grosses…

Clos, c’est d’abord la boîte à surprise et la boîte à malices, puis c’est la découverte du monde du dehors, des interactions des uns avec les autres. Tout ne va pas de soi, des mains se tendent et se cherchent. Les corps se contorsionnent, trébuchent, s’étalent et rebondissent. Daniel Esteban Lorenzo et Anna-Katharina Herkt jonglent un peu et jouent de leur corps avec plasticité. Parfois, dans le rythme du spectacle, on sent tout de même que c’est Loïc le patron et il y a chez ses comparses un léger flottement, comme s’ils ne savaient pas à quoi occuper l’espace. Mais ces moments sont très vite passés tant l’énergie et la couleur du spectacle sont communicatives. Il y a dans leurs courses poursuites – entre eux et avec les accessoires – une dynamique slapstick tout à fait réjouissante, à laquelle les enfants sont d’ailleurs hyper réceptifs.

Le tout est ponctué par les deux musiciens habillés comme des dandys, perchés sur leur podium avec des instruments riquiqui. Olivier Thomas et Laurent Rousseau ne font pas de la figuration. Ils assurent, donnent le ton, ici et maintenant, toujours imperturbables peu importe le chaos sur le plateau. De sa voix haut perchée, Olivier compose des chansonnettes dans une langue incompréhensible, accompagné de son compère guitariste taciturne au visage en lame de couteau. Le genre de duo à venir mettre de l’ambiance dans un mariage de mafiosi en étant les premiers à finir dans la piscine.

Sur scène, la boîte a peu à peu perdu ses flancs comme dans une mue et s’est retournée pour dévoiler un dos métallique finement ajouré. Les artistes ont conquis l’espace et la liberté des corps, ils n’ont plus besoin de se cacher. Réduite à l’état d’agrès squelettique, cette malicieuse structure sera, jusqu’au bout, l’indéfectible accessoire de jeu du trio comme l’est le chapeau du prestidigitateur.

> Vu le 09/11/2018 au Théâtre Marni, à Ixelles, en coréalisation avec l’Espace Catastrophe.

Le 16/03 à La Piste aux espoirs, à Tournai ; le 30/03 au Centre culturel Het Bolwerk, à Vilvoorde.

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L'auteur.e de l'article

Gilles Bechet

Gilles Bechet

Giles Bechet est journaliste freelance. Curieux de tout, il aime se perdre dans la culture, celle qui pousse en salle, sous chapiteau et dans les terrains en friche. Pour y rencontrer toutes sortes de gens, des gens qui voient, qui ont vu et qui font voir. Ou qui ne font rien du tout et le font bien.