Valhalla Par la Compagnie Petri Dish

Oct/Nov/Déc 2018

Hissez haut ! Cette traversée-là n’est pas pour les marins d’eau douce mais pour les aventuriers au long cours. Pas besoin d’avoir le pied marin, il suffit d’avoir l’œil malin pour suivre Petri Dish et son équipage à bord de Valhalla, pièce de cirque pour six moussaillons, affrétée par Anna Nilsson (également sur scène) et Sara Lemaire.

Attention, embarquer avec ces pirates de la piste ne garantit pas d’échouer aux Caraïbes : leur terrain de navigation tient plutôt du triangle des Bermudes tant il s’y passe d’étranges phénomènes. Tout commence d’ailleurs dans la brume, au son d’une cornemuse. La manœuvre pour hisser les voiles s’emmêle dans les cordages ; atteindre le nid-de-pie de la vigie provoque des acrobaties sur le mât ; le roulis de la mer se traduit dans la contorsion des corps ; et les corvées quotidiennes – briquer le pont, ranger les conserves, récurer les cabines – donne lieu à un concert de percussions. Ces navigateurs auraient-ils bu trop d’eau de mer ? Seule explication à cette folie hallucinatoire. Une danseuse se transforme en créature marine digne de 20 000 lieues sous les mers tandis qu’une sirène, comme extraite de la proue, flotte magiquement.

Si certaines scènes nous ont semblé tirer en longueur – comme cette bataille autour d’un gant, symbole de pouvoir sur un navire où règne pourtant l’anarchie –, Valhalla vogue soigneusement à contre-courant, larguant les amarres de notre imagination. À l’image de ses précédents spectacles (Expiry date, Driften), la compagnie Petri Dish joue sur l’accumulation créative d’objets et de genres. Il faut se laisser transporter par leur univers hétéroclite comme on se laisserait balloter par les flots, et accepter de croiser, sur un même rafiot, une Pietà de Rubens et un « musical » à la Broadway. Brouillant allègrement les cartes maritimes, la troupe met le cap sur une tempête si bien reconstituée qu’on en aurait presque le mal de mer. Toutes les disciplines de cirque se donnent la main pour nous faire vivre, physiquement, la houle de cette tornade. La figure du drapeau sur le mât chinois convoque un vent de force 10, les acrobaties au sol emportent les corps à l’autre bout du pont, la danse dans les cordes évoquent le bateau qui tangue et les éclairs de lumière achèvent de nous gonfler d’adrénaline, comme les rafales gonflent les voiles. On en a même vus qui titubaient à la sortie !

• Vu le 30/7 au festival Perplx, à Courtrai.
Du 21 au 23/11 à la Balsamine, Bruxelles. Les 2 et 3/5 au Théâtre Le Marni, Bruxelles. Les 10 et 11/5 au Palais des Beaux-Arts, Charleroi. Du 24 au 29/5 au Théâtre de Poche, Bruxelles.

LAURENCE BIBOT

Née à Bruxelles en 1968, Laurence Bibot se forme à la Kleine Academie, avant de rejoindre une foule de joyeuses aventures théâtrales, radiophoniques et télévisuelles : son humour fait des merveilles...

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L'auteur.e de l'article

Catherine Makereel

Catherine Makereel

Journaliste indépendante (Le Soir).