Split Par la Compagnie Scratch

Oct/Nov/Déc 2018

La Compagnie Scratch, formée par sept passionnés de la jongle, a le don des titres qui claquent. Leur première création, en 2013, s’appelait T.N.T. : 30 minutes de défis explosifs, dont le but à peine voilé était de mettre le feu au plateau, à coups de jonglerie de massues, de magie loufoque et d’énergie contagieuse. Toujours en tournée avec cette grenade tout-terrain, l’équipe a décidé de passer à un format plus long pour son second spectacle, tout en restant dans le titre court et net : Split.

Si T.N.T. faisait parler la poudre, Split opte pour un jeu pratique sur les séparations (« to split » signifiant « séparer » ou « fragmenter »), à commencer par une répartition du public en deux groupes, de part et d’autre d’une scène circulaire. Face à nous, de hauts panneaux de bois noirs forment un mur qui sépare l’ère de jeu en deux. On ne voit donc pas, dans un premier temps, ce qui se joue de l’autre côté, pour l’autre moitié des spectateurs. Six énergumènes armés de balles vont ainsi se livrer à un jeu en stéréo, courant du four au moulin, d’un côté et de l’autre de la muraille. Mur de Berlin ? Mur de nos sociétés où l’on s’ignore, où l’on se militarise, où l’on s’individualise ? Historique ou symbolique, l’interprétation de ce haut module restera libre, au fur et à mesure d’un spectacle qui choisit la narration strictement ludique plutôt que politique.

Comme six enfants, les « scratcheurs » en présence vont proposer une suite de jeux déclinés autour de la balle de jonglage, là où les massues constituaient la base de T.N.T. Sous leurs costumes assortis, qu’une seule couleur distingue, les voici militaires défendant une improbable citadelle. En guise de fusil, les bras lancent les balles tandis que comme ennemis, on se choisit des opposants invisibles ou un copain de passage. Cette ambiance récréative s’accélère avec le « split » du mur, dont les six morceaux (un par interprètes) deviennent sujets d’une scénographie mouvante, comme un puzzle, où le public lui-même est invité à intervenir. Parviendrez-vous à atteindre la cible avec la balle qu’on vous confie pour viser le bouton « play » de la musique ? Muni d’un fanion au couleur de votre challenger, hurlerez-vous assez fort pour l’encourager à jongler le plus longtemps ?

Tout-public et tonique, Split doit encore trouver son fil rouge, pour l’heure très fragmenté, mais choisit clairement la bonne humeur pour gentiment nous interroger sur la notion de groupe et d’individualité.

• Vu le 01/06 à l’École Européenne Bruxelles I, à Uccle.

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L'auteur.e de l'article

Laurent Ancion

Laurent Ancion

Laurent Ancion est rédacteur en chef du magazine « C!RQ en Capitale ». Critique théâtral au journal « Le Soir » jusqu'en 2007, il poursuit sa passion des arts de la scène en écrivant des livres de recherche volontiers ludiques et toniques. Il est également conférencier en Histoire des Spectacles au Conservatoire de Mons et musicien.