De l’espace et du possible

Avr/Mai/Juin 2017

On vous en parlait il y a quelques numéros : les hauts lieux du cirque bruxellois ont une brique dans le ventre. Après les grands travaux, voici les grands déménagements, à commencer par l’Esac qui essuiera bientôt les plâtres de sa toute nouvelle maison anderlechtoise. Tour du propriétaire.

Reconnue officiellement en 2003 comme l’une des 16 écoles supérieures des Arts de la Fédération Wallonie-Bruxelles, L’École Supérieure des Arts du Cirque était jusqu’ici toujours hébergée sur le site de l’école primaire du Centre du Souverain à Auderghem. Il incombait donc à son pouvoir organisateur, la Cocof, de la doter de sa propre infrastructure. Une réalité qui prendra enfin corps à la rentrée 2017 sur le campus du CERIA à Anderlecht.

Et quel corps ! Avec sa haute silhouette grise surplombant le canal, le bâtiment de l’ancienne Chaufferie, choisi pour la nouvelle implantation, en impose même de l’extérieur. « Dès les repérages, nous avons été époustouflés par les dimensions magistrales des lieux », raconte Daniel Delgoffe, architecte en charge du projet. Malgré leur gigantisme, ces vastes volumes – ceux de l’ancienne chaufferie et du nouveau studio attenant – couvrent tout juste les besoins en espace de la nouvelle école. « On a dû redoubler de stratégie pour ne pas sacrifier cette impression d’ampleur et de perspective », explique l’architecte. « On la retrouve en filigrane dans le bâtiment. Partout, on circule, on se croise, et grâce aux espaces ouverts sur la ville, le campus et les salles de travail, le contact visuel est permanent. »

Désormais bien visible en bordure de campus et de canal, l’Esac s’installe comme une « vraie » école, avec pignon sur rue. Une révolution ? « Plutôt une moisson du travail semé », résume Virginie Jortay, directrice de l’Esac. « On ressent aujourd’hui les retombées de notre enseignement sur le secteur professionnel : la majorité des projets artistiques présentés en Fédération Wallonie-Bruxelles sont portés par nos anciens étudiants. L’arrivée de ce bâtiment vient corroborer cette maturité artistique. Nous avons été très bien à Auderghem, mais plus nous grandissions, plus nous arrivions à saturation ». Manque de place, de liberté, interruptions du travail, peur de faire du bruit… « Certes, la contrainte est souvent un riche ferment créatif, mais trop de limites épuisent. Cette nouvelle infrastructure mue la contrainte en possibilité. »

Avec une superficie de 3450 m², les nouveaux espaces n’offriront en effet qu’un embarras : celui du choix. Le bâtiment de la chaufferie abritera non seulement une grande salle d’entrainement, mais aussi plusieurs salles de cours théoriques, des espaces détente et divers locaux techniques. Quant au nouveau studio attenant, on y trouvera une salle de danse et un espace multifonction qui servira de salle d’entraînement, de trampoline, de représentation des travaux d’étudiants,… « Désormais, le programme ne se fera plus en fonction de l’espace mais en fonction… du programme. En cela, c’est une petite révolution ! ».

Si chaque activité a désormais son espace, les architectes ont aussi tenus à ne pas être trop directifs. Daniel Delgoffe explique : « Lors d’une visite préliminaire à Auderghem, la directrice nous avait raconté que, faute de place, une performance d’étudiants avait dû investir les escaliers de l’école. Cela nous a marqué. On a conservé ici des espaces vierges, ouverts aux expérimentations potentielles. » On retrouve aussi un peu partout des points d’accroches pour tous les agrès existants… et ceux qui restent encore à inventer. « Ce bâtiment est avant tout un outil à la disposition des étudiants. Moins il y a de contraintes, plus il y a de possibilités, plus les chances de voir les projets s’y développer seront grandes. »

En pratique, pour les étudiants et leurs professeurs, la rentrée est prévue le 11 septembre prochain, pour étrenner cet espace de création tout neuf.

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