AVIGNON, AURILLAC : MIRAGE OU ELDORADO ?

Oct/Nov/Déc 2017

L’été, tout le monde veut faire sa place au soleil, normal ! D’un côté, les circassiens qui tournent plutôt en salle, comme Chaliwaté (Joséphina), Duo Gama (Déconcerto), Doble Mandoble (Full HD) ou Piergiorgio Milano (Pesadilla) qui ont tenté leur chance dans le Off du Festival d’Avignon en juillet dernier. De l’autre, les artistes qui se frottent plutôt à la rue comme la Cie Un de ces 4 (Les Insubmersibles), Gaspard Herblot (Possédés !) la Cie Modo Grosso (Laisse !) ou La Cie Rasoterra (La Baleine volante) qui ont misé sur le Festival d’Aurillac en août. Si l’objectif est le même – engranger un maximum de dates de tournée en France et à l’étranger –, la logistique est différente. À commencer par le budget. À Avignon, à moins d’être programmé dans les conditions privilégiées des Doms et de l’opération « Occitanie fait son Cirque », comme ce fut le cas pour Pesadilla cet été, il faut prévoir environ 40.000 euros pour payer la location de la salle, les salaires, le logement, la communication. Il faut ensuite récolter au moins une trentaine de dates pour espérer se rembourser. Quasiment tous s’endettent pour venir jouer trois semaines à Avignon. Économies personnelles ou de la compagnie, crédits à la banque ou à un secrétariat social, les sacrifices sont importants. « On connait même des artistes qui ont hypothéqué leur maison pour venir à Avignon », confie la chargée de diffusion Anna Giolo.

Si Aurillac semble moins périlleux comme option – il faut compter entre 3000 et 5000 euros de frais –, l’investissement humain est aussi conséquent. « Contrairement au festival de Chalon, il n’y a pas de sélection à Aurillac et toutes les compagnies peuvent s’y produire, mais il y a un gros travail à faire en amont », explique Gaspard Herblot. « Six mois à l’avance, il faut contacter les programmateurs et fixer des rendez-vous. Souvent, ça vaut la peine aussi de faire le festival deux années de suite. Quand ça marche bien, le bouche à oreille fonctionne et c’est surtout la deuxième année que vous voyez un réel impact. Quand j’ai joué mon premier solo à Aurillac en 2012, j’ai eu 5 retombées directes mais près de 30 l’année suivante. »

Dans tous les cas, les festivals français tiennent souvent du coup de poker. On a beau être le roi du tract, maîtriser l’art de l’affiche, inventer des happenings déments pour attirer le public, le succès reste une grande roulette russe. « À Aurillac, l’heure et le lieu font toute la différence. J’ai vu de bons spectacles se planter parce qu’ils étaient excentrés ! », observe encore Gaspard Herblot. Même imprévisibilité à Avignon : de nombreuses compagnies y ont été déplumées. Comment expliquer, dès lors, une telle abnégation ? « Quand on a fait une quarantaine de dates avec sa création, juste quand le spectacle commence à être rodé, on a déjà fait le tour des villes belges », explique Sicaire Durieux de Chaliwaté. Aller à Avignon ou Aurillac, c’est simplement refuser qu’un spectacle ne meure prématurément. Quid du Festival d’Edimbourg ? On pourrait logiquement penser que le cirque trouverait un écrin idéal dans cet événement anglo-saxon très porté sur les propositions visuelles. « Hélas, c’est deux fois plus cher d’aller à Edimbourg qu’à Avignon et il faut un solide réseau sur place. Des spectacles comme Pss Pss des Baccalà l’ont fait, mais ils sont passés par des agents spécialisés. C’est encore un autre niveau ! » Une autre paire de manche certes mais qui ne devrait pas effrayer nos talents belges, ainsi que l’avait démontré par exemple le Théâtre d’1 Jour et son Enfant qui, qui fut nommé parmi les meilleurs spectacles du « Edinburg Festival Fringe » en 2014.

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L'auteur.e de l'article

Catherine Makereel

Catherine Makereel

Journaliste indépendante (Le Soir).