« La balle a magnifiquement rebondi »

Oct/Nov/Déc 2014

Pas de doute pour Sandrine Mathevon, directrice du Centre Culturel Jacques Franck, situé dans la commune très multiculturelle de Saint-Gilles, au sud de Bruxelles. Le cirque est devenu un art majeur en termes de rapprochement des gens, de cohésion sociale et de créations tout azimut. « L’avenir est placé là ! », pose calmement cette passionnée des arts. « Bruxelles a clairement une carte à jouer. Par ses aspects ludiques, accessibles, qui transcendent le langage et font rêver, le cirque a un très gros potentiel dans une ville comme la nôtre, définie par son mélange et sa mixité sociale ».

Les atouts des arts de la piste ? Leur accessibilité. « On trouve des cultures de cirque partout dans le monde », détaille Sandrine Mathevon. « Le cirque ne passe pas par la langue, mais par le corps. Bruxelles est une ville en devenir, avec une jeunesse très représentée, un taux de chômage énorme, une classe populaire largement majoritaire. Que fait-on ? A l’échelle du territoire, les consciences bougent ». Dans plusieurs communes bruxelloises, les initiatives de rapprochement par le cirque se multiplient : Jette, Ganshoren, Berchem-Sainte-Agathe, Koekelberg, Molenbeek, Saint-Gilles, Anderlecht… Et dans les communes plus « aisées » comme Uccle ou Woluwe, le secteur parascolaire en cirque se développe remarquablement.

Pour exploiter cet incroyable bouillonnement, la directrice rêverait d’un grand rendez-vous « cirque » récurrent, qui unirait tous les partenaires – infrastructures, lieux, communes, compagnies, artistes… « Bruxelles est un mille-feuilles et tout le monde a sa place. Les arts du cirque contaminent positivement tous les autres secteurs. J’aimerais qu’on soit les uns à côtés des autres. Ça se fera de toute façon ! Le mouvement est lancé. Le public se fiche complètement de qui fait quoi, de quelle institution vient l’initiative. La balle lancée depuis 30 ans a magnifiquement rebondi, c’est à nous de l’attraper au vol ! ». Transcender les différences culturelles par le cirque ? La pirouette en vaut la chandelle. A Bruxelles comme partout.

Notre société dans le miroir du cirque

« Pourquoi le cirque fait-il ‘boom’ aujourd’hui ? Je pense que ce qui touche les gens, ce sont les valeurs intrinsèques qui le constituent. Le cirque repose sur la confiance en l’autre. C’est elle qui permet de pratiquer les portés, de remettre sa propre vie dans les mains de l’autre. Cette solidarité a une forte résonance aujourd’hui. Dans une société où chacun est très individualiste, tourné vers lui-même et ses soucis, le cirque apporte une ouverture et fait du bien. C’est un art qui, même sous ses formes contemporaines, reste fondamentalement populaire. Au-delà des mots, la mise en risque du corps engage la prise de risque à d’autres niveaux : le refus des conventions, l’engagement. Par sa nature-même, le cirque établit un discours critique ».

Marc Fouilland, directeur de Circa, Pôle national des Arts du Cirque, à Auch, en Gascogne (France).

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L'auteur.e de l'article

Laurent Ancion

Laurent Ancion

Laurent Ancion est rédacteur en chef du magazine « C!RQ en Capitale ». Critique théâtral au journal « Le Soir » jusqu'en 2007, il poursuit sa passion des arts de la scène en écrivant des livres de recherche volontiers ludiques et toniques. Il est également conférencier en Histoire des Spectacles au Conservatoire de Mons et musicien.