LA COSA Par Claudio Stellato

Jan/Fév/Mars 2016

N’insistez pas : Claudio Stellato ne fera jamais rien comme personne – même pas comme lui-même. « Je veux me mettre en état de danger, ne jamais faire deux fois la même chose », nous expliquait-il en préparant « La cosa »[1]. Sa nouvelle création, fruit de trois années de recherche et de bûcheronnage, ne ressemble fatalement à rien de connu – et c’est tant mieux. Si la gestuelle alanguie, ironique, surmontée d’un sourire en coin, rappelle « L’autre », premier spectacle livré en 2011, où Stellato dansait avec des meubles doués d’une vie propre, tout est réinventé.

Du cirque ? De la danse ? Une installation ? Une invitation à la méditation ? Une blague de potaches ? C’est à la hache que le metteur en scène fait sauter les cloisons qui séparent habituellement les genres, pour suivre obstinément une et une seule question : que diable se passerait-il si on mettait ensemble quatre hommes en costard et quatre stères de bois ?

L’espace de jeu a rarement aussi bien porté son nom. Aux Halles de Schaerbeek, lors des premières, le public se répartit des quatre côtés d’une scène qui tient à la fois du plateau expérimental et du tatami. Nos quatre karatékas (Julian Blight, Mathieu Delangle, Valentin Pythoud et Claudio Stellato lui-même) ne vont pas casser des briques avec le poing, mais ils vont fendre sans un mot un bon paquet de bûches, multiplier les empilements architecturaux, créer de subtiles équilibres, plonger sur un tas de bois comme des vacanciers sur les dunes, se défier, se serrer les coudes, se marrer, le tout sans échardes apparentes ni coup de bambou.

Nos quatre bûcherons nous laissent maîtres de la portée narrative ou philosophique de leurs tableaux. Comme lors d’une balade en pleine nature, c’est à nous de voir ce que le paysage nous évoque, dans ses formes, ses couleurs, ses jeux de force et d’alliance. On rit, on frémit, on s’offusque, le tout à travers un vocabulaire exclusivement taillé dans le bois et la connivence. « La cosa » tient son atout le plus puissant : sa capacité à faire vibrer l’instant présent.

à Vu le 17 octobre 2015 aux Halles de Schaerbeek

A voir le 16/01 au Vooruit, à Gand ; le 27/02 à De Velinx, à Tongres ; les 15 & 16/03 au Théâtre Varia, dans le cadre du Festival UP!, à Bruxelles ; les 20 et 21/08 au Festival de Chassepierre (version outdoor). Egalement en tournée en France, Espagne, Suisse,…

[1] Lire « C!RQ en CAPITALE » n°5, octobre 2015.

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L'auteur.e de l'article

Laurent Ancion

Laurent Ancion

Laurent Ancion est rédacteur en chef du magazine « C!RQ en Capitale ». Critique théâtral au journal « Le Soir » jusqu'en 2007, il poursuit sa passion des arts de la scène en écrivant des livres de recherche volontiers ludiques et toniques. Il est également conférencier en Histoire des Spectacles au Conservatoire de Mons et musicien.